mercredi 17 août 2016

Une visite au Musée des Confluences (Lyon)

L'été a été propice à diverses découvertes de musées, dont certaines m'ont semblé mériter un petit compte-rendu. Mes billets suivront donc l'ordre chronologique de mes visites, et commenceront par le Musée des Confluences, ouvert à Lyon il y a moins de deux ans.

 

Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre en me rendant dans le Musée des Confluences, sinon qu'une connaissance locale m'en avait parlé favorablement. Extérieurement, le bâtiment sacrifie aux tendances actuelles, en proposant des formes un peu déstructurées. Ce n'est pas que ce soit laid, mais on a toujours un peu peur, en pareil cas, que l'argent consacré à l'écrin fasse défaut pour les bijoux. Une fois à l'intérieur, on constate que les volumes sont vastes. Très vastes. Et même si l'espace et la clarté sont agréables, on regrette un peu que tous ces mètres cubes n'aient pas davantage servi à exposer des connaissances plutôt que de l'air.
Le musée comporte, comme souvent, une exposition permanente et des expositions temporaires ; je ne parlerai ici que de la première, qui a pour louable ambition de présenter des connaissances à la fois sur la nature et sur les sociétés. Elle se décline en quatre salles. Les trois premières sont d'inspiration classique, puisqu'elles sont respectivement consacrées à l'univers et la matière, au monde du vivant, et aux sociétés. La quatrième est plus étonnante, puisqu'elle a pour sujet « la vie après la mort ». Tout un programme...

lundi 15 août 2016

Une réponse de Jean-Marie Harribey

Jean-Marie Harribey
Avec un peu de retard dû aux vacances, je relaye cette réponse de Jean-Marie Harribey aux critiques que je lui adressais dans mon Profit déchiffré, parue sur le site Contretemps. S'il touche juste sur certains points de détail, sur le fond, ce texte ne me convainc pas. Je tâcherai de rédiger une réponse dès que possible.

dimanche 24 juillet 2016

La productivité a-t-elle augmenté au Néolithique ?

Ce titre un brin provocateur annonce un billet qui ne l'est pas moins. Comme à chaque fois qu'on croit avoir trouvé une idée un peu nouvelle, on ne sait trop si on a mis le doigt sur quelque chose d'intéressant, ou si on est simplement en train de raisonner de travers. Je fais donc confiance à mes vigilants lecteurs pour relever les inconséquences, les points aveugles ou, simplement, les fautes de logique qui pourraient parsemer ce texte.

Le lieu du problème

Une reconstitution de la cité d'Uruk
De prime abord, il peut paraître incongru de se demander si, entre le Paléolithique supérieur et les premières civilisations, la productivité du travail humain s'est élevée. Il n'y a aucune commune mesure entre les réalisations matérielles des uns et des autres : des campements des Magdaléniens aux villes égyptiennes, romaines ou aztèques, des statuettes de pierre, d'os ou d'ivoire aux pyramides monumentales du Yucatan ou de la vallée du Nil, il y a un gouffre qui témoigne de l'incroyable essor de la production matérielle. Le bon sens dicte alors que si les civilisations ont réalisé des accomplissements inimaginables pour les chasseurs-cueilleurs, c'est que celles-ci avaient acquis des capacités dont ceux-là étaient dépourvus ; autrement dit, que les progrès de la technique avaient démultiplié l'efficacité du travail humain. Décliné sur la question des structures sociales, ce raisonnement se conçoit en termes de surplus (un terme dont j'ai montré dans ce billet comment il pouvait être glissant) : en plus de leurs réalisations matérielles grandioses, les civilisations se caractérisent par la domination d'une classe de non-producteurs, vivant dans une aisance, si ce n'est un luxe, inaccessible à la majorité de la population. Là encore, on semble en droit d'inférer que si les chasseurs-cueilleurs n'ont nulle part entretenu une telle classe dominante (écartons le cas intermédiaire des chasseurs-cueilleurs sédentaires de la Côte Nord-ouest, chez qui la différenciation sociale, bien palpable, n'était pas allée jusqu'à la formation d'authentiques classes), c'est parce que l'insuffisance de leur productivité ne leur permettait pas ce luxe.
Or, si communs que soient ces raisonnement, et si conformes paraissent-ils avec les faits, ils me semblent être au mieux une restitution très partielle des mécanismes qui sont intervenus, et au pire, donner une image faussée de la réalité.

jeudi 21 juillet 2016

Une recension du Profit déchiffré par Didier Epsztajn


Derrière les tautologies, des rapports sociaux d’exploitation
« Qu’est-ce que le profit ? Par quoi, et surtout par qui, est-il créé ? Quels mécanismes régissent sa répartition, et comment contribuent-ils à obscurcir son origine ? » 
Il convient de ne pas considérer les réalités perçues comme allant de soi, de refuser la naturalisation de phénomènes historiques, de confondre ce qui est et ce qui n’est pas « le fruit d’une élaboration consciente » de collectifs humains… 
Trois essais, sur l’origine du profit, les concepts de travail productif et improductif, la rente. Des textes écrits en langue commune, une présentation pédagogique mais qui ne contourne pas les débats politiques.
L’énigme du profit. Christophe Darmangeat aborde, entre autres, la production marchande, la production et la distribution, le salaire (dont la part socialisé à travers la cotisation), le profit, les impôts, le capital…

lundi 18 juillet 2016

Un échange (sportif) avec une anthropologue « radicale »

Chris Knight 
J'avais déjà eu l'occasion de me frotter (pas de trop près il est vrai) il y a quelques temps aux zélateurs politiques de l'anthropologue Chris Knight et de son Radical Anthropology Group. En quelques mots, la théorie de Knight, que j'évoque en la critiquant dans mon Communisme primitif, énonce que le basculement vers la culture, le langage et la pensée symbolique a eu lieu à l'aube du Paléolithique supérieur. Le pas décisif a été franchi par l'action des femmes qui, ayant synchronisé leurs cycles menstruels et utilisé l'ocre rouge afin de tromper collectivement les hommes sur leur période de fécondité, ont obligé ceux-ci à leur apporter le fruit de leur chasse dans un échange « viande contre sexe ».
J'étais resté pour le moins dubitatif devant le caractère largement spéculatif d'une telle reconstitution, et je l'avais écrit dans mon bouquin. Cela m'avait valu un certain dédain de la part des partisans politiques de Knight ; un groupe se réclamant du marxisme (pour appeler un chat un chat, il s'agissait du CCI, qui comprend le groupe français Révolution Internationale) avait en effet pris fait et cause pour ses thèses. La critique qui en résulta fut donc surtout pour son rédacteur l'occasion de n'en pas parler, et de répéter que Knight avait raison sur toute la ligne, ce que je relevais dans ce billet.
Mais tout cela n'était que l'apéritif. Le plat de résistance est arrivé récemment, suite à un contact avec un éditeur anglophone en vue de la traduction et de la publication de mon livre. Comme cela se produit parfois, cet éditeur a demandé à trois spécialistes de rédiger un rapport sur ma proposition de livre. Les deux premiers, écrits par des gens qui avaient lu mon bouquin, furent élogieux et recommandèrent sa publication sans réserves. Le troisième, écrit m'a-t-on dit par une anthropologue de langue anglaise (manifestement membre du Radical Anthropology Group), n'a en revanche pas eu de mots assez durs pour condamner mon travail et s'opposer à sa parution... – avec succès, il faut l'avouer, puisque après quelques péripéties supplémentaires, on m'a informé que le livre était refusé.
Comme à la demande de l'éditeur, j'avais rédigé une réponse à cette anthropologue, et comme celle-ci m'avait demandé pas mal de travail, je me suis dit que publier « l'échange » avait au moins l'intérêt de mettre les arguments de chacun sur la place publique. Voici donc ma traduction du rapport n°3, suivie de ma réponse (j'épargnerai à tous les dix pages de la proposition initiale, qui résument mon Communisme primitif). Attention, c'est assez long, et il faut une certaine dose de courage – ou de désœuvrement – pour aller au bout.

vendredi 15 juillet 2016

Beyond War – Archaeological Approaches to Violence est paru

Ce livre d'archéologie (en anglais) rassemble huit contributions, dont une rédigée par mes soins, autour de la violence dans la préhistoire. On pourra consulter la présentation qui figure sur le site de l'éditeur, Cambridge Scholars Publishing. Une version française préliminaire de mon article est disponible sur les sites Academia et Resarchgate.

lundi 4 juillet 2016

Claude Lévi-Strauss et la division sexuelle du travail

Je reviens dans ce post sur une question que j'avais laissée provisoirement de côté à l'occasion d'une discussion précédente : celle de l'explication par Claude Lévi-Strauss (et par ses disciples) de la division sexuelle du travail. Ma critique, Agnès Fine, écrivait en effet :
En rendant un sexe dépendant de l’autre pour sa propre survie, il rend le mariage obligatoire, ce qui permet d’assurer la continuité de la société. Lévi-Strauss fait d’ailleurs de la division sexuée du travail, de l’interdit de l’inceste et de l’institution d’une forme légale ou reconnue d’union stable les trois piliers de toute société, trois piliers auxquels Françoise Héritier ajoute un quatrième : la « valence différentielle des sexes »
Ne connaissant alors pas le texte de C. Lévi-Strauss auquel ce passage faisait allusion, je suis allé me le procurer (« The family », in H. Shapiro, Man, Culture and Society, Oxford University Press, 1956). Comme son titre l'indique, cet article, rédigé en anglais, porte sur la famille, et la division sexuelle du travail n'est donc abordée que de manière incidente. Celle-ci n'apparaît explicitement que dans quatre passages, que voici :

jeudi 30 juin 2016

Une critique (très critique) du Profit déchiffré par Denis Clerc

...parue cette semaine dans Alternatives Économiques :
Reconnaissons à l'auteur un grand talent, que n'ont pas la plupart des innombrables commentateurs et thuriféraires de Karl Marx, engoncés dans un jargon et des débats qui ont fini par écœurer bien des lecteurs potentiels, dont l'auteur de ces lignes. Les premiers de ces « essais d'économie marxiste », qui porte sur la plus-value, est remarquable d'accessibilité et de précision, même si l'on ne partage pas les convictions de l'auteur. Ce dernier, d'ailleurs, se garde bien d'aborder la délicate (et insoluble) question de l'hétérogénéité de la « force de travail » et donc de la difficulté à chiffrer la valeur travail d'une marchandise. De même que la façon dont il explique (et légitime) la transformation de la valeur travail en prix de production évite soigneusement les questions méthodologiques qui fâchent. C'est lisible et intéressant, même si son éloge de la disparition du profit n'est pas vraiment convaincant.
Le deuxième essai – sur la distinction travail productif - travail improductif – retombe dans les ornières habituelles de la dispute sur le sexe des anges, même si la confrontation des analyses d'Adam Smith et de Marx sur ce point est éclairante (et si l'auteur, pour une fois, se permet de critiquer – un peu – le vieux barbu). Quant au troisième essai (sur la rente), il reste largement inabouti, puisqu'il aborde essentiellement la rente agricole, alors que celle d'aujourd'hui est plutôt liée à la concurrence imparfaite.
Je ne crois pas utile de répondre dans les détails à des lignes qui, après le compliment initial, comptent à peu près autant de reproches que de phrases. Je me bornerai à signaler que des deux points concernant le profit, celui qui est censé être insoluble et disqualifier la théorie de la valeur-travail a été plusieurs fois exposé, par exemple dans ce chapitre de l'excellent livre d'Isaac Roubine.
Quant à ma discussion sur le travail improductif, si Denis Clerc n'y a guère vu que des sexes et des anges, j'en conclus que la seule manière de ne pas avoir de problèmes théoriques, c'est de refuser d'avoir une théorie.
Enfin, son jugement sur mon essai sur la rente semble indiquer que je ne mérite pas vraiment l'éloge par lequel s'ouvre sa critique. Si j'avais écrit aussi clairement qu'il le dit, il lui serait apparu au premier coup d’œil que mon texte ne prend comme exemple la rente agricole que pour exposer les mécanismes de toute rente en économie capitaliste, et que le « prix de monopole » que je fais intervenir à maintes reprises (à la suite de Marx) n'est qu'un autre nom de ce que d'aucuns préfèrent appeler la concurrence imparfaite.

Edit : la critique est désormais disponible en ligne sur le site d'Alternatives économiques.

mardi 28 juin 2016

Les quatre visages du surplus

Quiconque est un peu familier des raisonnements matérialistes sur l'évolution sociale sait (ou croit savoir) que l'essor de la différenciation sociale, et donc de l'exploitation, est liée à l'apparition d'un « surplus » absent dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs et qui s'est peu à peu développé avec l'agriculture. En réalité, cette idée très ancienne (on en trouve les premières formulations dès le XVIIIe siècle) repose sur une série de suppositions qui sont loin d'être aussi évidentes qu'il y paraît à première vue. Dans ce billet, je n'aborderai pas le cœur de ces raisonnements ; car avant d'en arriver là, il faut commencer par se mettre d'accord sur ce qu'est le « surplus » en question. En effet, pour peu qu'on s'y arrête, on se rend vite compte que le mot peut revêtir au moins quatre significations très différentes. C'est le problème avec les mots familiers : on finit par oublier qu'ils contiennent des non-dits, qui peuvent varier d'un contexte à l'autre et qui en changent totalement le sens. En l'occurrence, un surplus est un excédent : c'est donc le résultat d'une différence entre deux quantités. Toute la question est de savoir lesquelles...

lundi 20 juin 2016

À paraître : Beyond War – Archaeological Approaches to Violence (Cambridge Scholars Publishing)

La parution du livre Beyond War – Archaeological Approaches to Violence, aux éditions Cambridge Scholars Publishing, est annoncée pour les prochaines semaines. J'ai contribué à un chapitre (« The sexual division of labour in the origins of male domination: a Marxist perspective »), qui résume en l'actualisant les principales lignes de mon Communisme primitif. Et en attendant, voici la couverture, et la présentation de l'ouvrage :
Le débat ancien sur les origines de la violence a resurgi ces deux dernières décennies. Les études sur la violence se sont multipliées, depuis des perspectives comparatistes, ethnologiques ou archéologiques, en se fondant sur l'interprétation de données archéologiques et bioarchéologiques pour des milieux et des périodes divers. Un vaste faisceau d'indices ostéologiques et architecturaux démontre la présence de violence interpersonnelle  parmi les premiers groupes de cultivateurs à travers toute l'Europe et, même avant, parmi les sociétés de chassuers-cueilleurs du Mésolitique.
Les articles de Beyond War défendent la nécessité de repenser le concept de « violence » en archéologie. Celui-ci dépasse la vieille conception qui restreint la violence à son expression la plus évidente, dans la ghuerre et des conflits internes ou externes, élargissant le débat sur la violence et permettant ainsi l'avancée de la compréhension de la vie sociale et de l'organisation des sociétés préhistoriques. Déterminer les indicateurs archéologiques de pratiques sociales violentes et analyser leurs causes est ici fondamental, et représente le seul moyen de déterminer quand et dans quelles conditions historiques les sociétés préhistoriques ont commencé à s'organiser en exerçant une violence structurelle.