mardi 27 septembre 2016

Note de lecture : Fertilité naturelle, reproduction forcée (Paola Tabet)

J'ai longtemps reculé l'échéance pour écrire une note à propos de l'essai de Paola Tabet, Fertilité naturelle, reproduction forcée, que l'on trouve aujourd'hui dans le recueil titré « La construction sociale de l'inégalité des sexes » (L'Harmattan, 1998). Une connaissance – j'en profite pour la remercier aujourd'hui – avait porté ce texte à mon attention il y a déjà deux ou trois ans ; je l'ai lu, puis laissé de côté, puis relu, puis laissé de côté... jusqu'à ce que mon invitation, le 14 octobre prochain, à une conférence organisée par l'Université des femmes de Bruxelles, précisément en compagnie de l'auteure, me décide à faire l'effort de rédiger le billet qui suit.
Si cet essai m'a posé autant de difficultés, ce n'est pas parce qu'il serait obscur ; tout au contraire, à l'image des autres textes de Paola Tabet, qui avait notamment écrit un article remarquable sur la division sexuelle du travail (Les mains, les outils, les armes), le propos est incisif et s'appuie sur une grande connaissance du matériel ethnologique, qu'il aborde sous un angle inattendu. Et c'est précisément l'originalité de cette approche qui m'a longtemps laissé perplexe, sans doute parce qu'elle bousculait un certain nombre d'habitudes de pensée paresseuses, pour ne pas dire de préjugés.

samedi 17 septembre 2016

Deux peintres de la vie aborigène

Les documents sur les sociétés aborigènes des premières années de la colonisation sont rares, et d'autant plus précieux que ces sociétés ont très vite été totalement déstructurées par les épidémies, les conflits avec les colons et la dépossession de leurs territoires.
Aux traditionnels textes, rapports, témoignages et souvenirs du début du XIXe siècle s'ajoutent deux séries d’œuvres picturales particulièrement utiles en ces temps où la photographie n'existait pas.
La première est due à Joseph Lycett (vers 1875-1828). Cet artiste peintre britannique, condamné pour faux à la déportation en 1814, vécut à Sydney vers 1820 sous l'autorité directe du gouverneur Macquarie, et réalisa alors une série d'aquarelles décrivant diverses scènes de la vie aborigène. Certaines reçurent un certain succès, tandis que d'autres connurent un sort plus obscur, avant de refaire surface dans les années 1970, où un recueil original fut acheté par la Bibliothèque Nationale d'Australie. Celle-ci l'a numérisé et mis en ligne il y a quelques années, et chacun peut aujourd'hui consulter ces témoignages pris sur le vif des toutes premières années de la colonisation.
Ces aquarelles possèdent une valeur informative de tout premier ordre sur certaines coutumes aborigènes (chasse, guerre, procédure pénale ou cérémonie religieuse), à une époque où il était très rare qu'un artiste occidental s'y intéresse. Les détails des paysages confirment que les scènes se déroulent aux alentours de Sydney, de Port Stephens et du lac Macquarie. La principale – sinon la seule – infidélité à la réalité tient aux pagnes dont Lycett a tenu à affubler les Aborigènes afin de complaire à la morale britannique ; en réalité, les premiers habitants de l'Australie, hommes comme femmes, allaient entièrement nus.
L'autre artiste, dont j'ai déjà utilisé plusieurs réalisations dans ce blog ou pour illustrer des travaux académiques, est John Heavyside Clark (vers 1771-1836). Dix de ses images australiennes, provenant de la même région, sont rassemblées dans cet album de 1813, numérisé et disponible en ligne. Elles sont accompagnées de brèves descriptions ethnographiques, de la main de l'auteur. On remarquera que Clark n'a pas la pruderie de Lycett, et laisse ses sujets nus – même si les convenances l'obligent à ne pas les représenter de face, à moins qu'un buisson ou une branche d'arbre ne vienne opportunément en dissimuler les parties intimes.

vendredi 9 septembre 2016

Une recension et une interview

...à propos du Profit déchiffré, publiées par Jean-Guillaume Lanuque sur le site Dissidences. Au cours de l'interview, l'humanité, haletante, apprendra enfin de quoi traitera mon prochain livre (dont je n'ai pas commencé à écrire une traître ligne, mais bon, j'ai trouvé le sujet, le plus dur est fait).

samedi 3 septembre 2016

Introduction aux concepts économiques marxistes (videos en ligne)

Les organisateurs de l'Université d'été du NPA ont mis en ligne l'atelier-débat que j'ai animé le 23 août dernier, à partir de mon Profit déchiffré. L'événement a duré un peu plus de trois heures bien remplies, et a été divisé en trois séquences :

Première partie (exposé) : d'où vient le profit ?



Deuxième partie : questions et réponses




Troisième partie (exposé) : réponses aux paradoxes apparents de la valeur-travail

lundi 29 août 2016

Une présentation-débat du Profit déchiffré en podcast

C'était le 26 juin dernier, au festival de la CNT. J'étais invité à présenter mon dernier livre... et l'enregistrement est à présent en ligne !
 

mercredi 24 août 2016

Chez les Vikings

Le Danemark est un petit pays, mais il a une préhistoire riche, qu’il sait depuis longtemps mettre en valeur. C’est en effet le directeur du musée national, Christian Thomsen, qui au XIXe siècle eut l'idée de classer les objets préhistoriques en trois grandes époques – l’âge de pierre, l’âge du bronze et l’âge du fer. Cette classification a depuis été affinée, mais depuis presque deux siècles, elle reste le socle de la chronologie de la préhistoire européenne.

Le musée national

Le « chariot du soleil », un des joyaux du Musée national
Le musée national de Copenhague, donc, qui abrite les collections préhistoriques, est d’une grande richesse. Pour chaque époque, de nombreux objets sont présentés, avec quelques pièces particulièrement remarquables, tel le splendide « chariot du soleil » de l’époque du bronze. Pour l’anecdote, ce qui m’a le plus marqué sont ces haches de pierre du paléolithique tardif… polies en forme de haches de bronze ! Les occupants de l’époque étaient en effet au contact de populations plus méridionales qui, contrairement à eux, maîtrisaient la métallurgie ; par bravade, par envie ou parce que c’était alors le chic, faute de pouvoir disposer des mêmes armes qu’elles, ils s’étaient mis à fabriquer les leurs « à la manière de… ». C’est dans ce genre de détails qu’on imagine certains processus sociaux à l’œuvre derrière ces vitrines parfois un peu froides, et que ces humains d’il y a trois millénaires semblent soudain si proches.

mercredi 17 août 2016

Une visite au Musée des Confluences (Lyon)

L'été a été propice à diverses découvertes de musées, dont certaines m'ont semblé mériter un petit compte-rendu. Mes billets suivront donc l'ordre chronologique de mes visites, et commenceront par le Musée des Confluences, ouvert à Lyon il y a moins de deux ans.

 

Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre en me rendant dans le Musée des Confluences, sinon qu'une connaissance locale m'en avait parlé favorablement. Extérieurement, le bâtiment sacrifie aux tendances actuelles, en proposant des formes un peu déstructurées. Ce n'est pas que ce soit laid, mais on a toujours un peu peur, en pareil cas, que l'argent consacré à l'écrin fasse défaut pour les bijoux. Une fois à l'intérieur, on constate que les volumes sont vastes. Très vastes. Et même si l'espace et la clarté sont agréables, on regrette un peu que tous ces mètres cubes n'aient pas davantage servi à exposer des connaissances plutôt que de l'air.
Le musée comporte, comme souvent, une exposition permanente et des expositions temporaires ; je ne parlerai ici que de la première, qui a pour louable ambition de présenter des connaissances à la fois sur la nature et sur les sociétés. Elle se décline en quatre salles. Les trois premières sont d'inspiration classique, puisqu'elles sont respectivement consacrées à l'univers et la matière, au monde du vivant, et aux sociétés. La quatrième est plus étonnante, puisqu'elle a pour sujet « la vie après la mort ». Tout un programme...

lundi 15 août 2016

Une réponse de Jean-Marie Harribey

Jean-Marie Harribey
Avec un peu de retard dû aux vacances, je relaye cette réponse de Jean-Marie Harribey aux critiques que je lui adressais dans mon Profit déchiffré, parue sur le site Contretemps. S'il touche juste sur certains points de détail, sur le fond, ce texte ne me convainc pas. Je tâcherai de rédiger une réponse dès que possible.

dimanche 24 juillet 2016

La productivité a-t-elle augmenté au Néolithique ?

Ce titre un brin provocateur annonce un billet qui ne l'est pas moins. Comme à chaque fois qu'on croit avoir trouvé une idée un peu nouvelle, on ne sait trop si on a mis le doigt sur quelque chose d'intéressant, ou si on est simplement en train de raisonner de travers. Je fais donc confiance à mes vigilants lecteurs pour relever les inconséquences, les points aveugles ou, simplement, les fautes de logique qui pourraient parsemer ce texte.

Le lieu du problème

Une reconstitution de la cité d'Uruk
De prime abord, il peut paraître incongru de se demander si, entre le Paléolithique supérieur et les premières civilisations, la productivité du travail humain s'est élevée. Il n'y a aucune commune mesure entre les réalisations matérielles des uns et des autres : des campements des Magdaléniens aux villes égyptiennes, romaines ou aztèques, des statuettes de pierre, d'os ou d'ivoire aux pyramides monumentales du Yucatan ou de la vallée du Nil, il y a un gouffre qui témoigne de l'incroyable essor de la production matérielle. Le bon sens dicte alors que si les civilisations ont réalisé des accomplissements inimaginables pour les chasseurs-cueilleurs, c'est que celles-ci avaient acquis des capacités dont ceux-là étaient dépourvus ; autrement dit, que les progrès de la technique avaient démultiplié l'efficacité du travail humain. Décliné sur la question des structures sociales, ce raisonnement se conçoit en termes de surplus (un terme dont j'ai montré dans ce billet comment il pouvait être glissant) : en plus de leurs réalisations matérielles grandioses, les civilisations se caractérisent par la domination d'une classe de non-producteurs, vivant dans une aisance, si ce n'est un luxe, inaccessible à la majorité de la population. Là encore, on semble en droit d'inférer que si les chasseurs-cueilleurs n'ont nulle part entretenu une telle classe dominante (écartons le cas intermédiaire des chasseurs-cueilleurs sédentaires de la Côte Nord-ouest, chez qui la différenciation sociale, bien palpable, n'était pas allée jusqu'à la formation d'authentiques classes), c'est parce que l'insuffisance de leur productivité ne leur permettait pas ce luxe.
Or, si communs que soient ces raisonnement, et si conformes paraissent-ils avec les faits, ils me semblent être au mieux une restitution très partielle des mécanismes qui sont intervenus, et au pire, donner une image faussée de la réalité.

jeudi 21 juillet 2016

Une recension du Profit déchiffré par Didier Epsztajn


Derrière les tautologies, des rapports sociaux d’exploitation
« Qu’est-ce que le profit ? Par quoi, et surtout par qui, est-il créé ? Quels mécanismes régissent sa répartition, et comment contribuent-ils à obscurcir son origine ? » 
Il convient de ne pas considérer les réalités perçues comme allant de soi, de refuser la naturalisation de phénomènes historiques, de confondre ce qui est et ce qui n’est pas « le fruit d’une élaboration consciente » de collectifs humains… 
Trois essais, sur l’origine du profit, les concepts de travail productif et improductif, la rente. Des textes écrits en langue commune, une présentation pédagogique mais qui ne contourne pas les débats politiques.
L’énigme du profit. Christophe Darmangeat aborde, entre autres, la production marchande, la production et la distribution, le salaire (dont la part socialisé à travers la cotisation), le profit, les impôts, le capital…